Le Prisonnier et le Château de Barbe-Bleue (Théâtre du Capitole, le 11/10)

Le prisonnier et le Château de Barbe Bleu : un baptême du feu réussi pour Aurélien Bory !

En associant Le Prisionnier  de Dallapiccola (1949) et Le Château de Barbe Bleu de Bartok, Aurélien Bory surprend mais entreprend un coup de maître.

Le Prisonnier

Comment rester impassible devant la souffrance et le désespoir de cette mère qui dit adieu à son fils pour la dernière fois ? Avec cette première scène, le ton est donné : Aurélien Bory nous plonge dans l’univers noir et blanc d’un prisonnier de l’inquisition. Pourtant le geôlier l’a appelé frère… Plein d’espérance, le prisonnier cherche alors à s’enfuir mais en vain. Il comprend ainsi que tout n’était que manigance. Son prétendu frère, cherchait simplement à lui infliger un raffinement supplémentaire à sa torture: l’espérance.

Aurélien Bory ne réussit pas seulement à peindre la misère de ce prisonnier mais plonge avec lui l’ensemble du public. L’obscurité de la geôle envahit alors la scène et l’opéra… Dans la pénombre, des traits, des traces et des constellations blanches apparaissent comme signes d’espoir, tandis que les personnages se confondent dans les décors ou surgissent de l’ombre. Au fur et à mesure de la fuite, des voiles s’affaissent sur scène et avec eux, l’espoir s’efface. L’illusion de liberté disparaît.

Devenus le prisonnier, nous nous retrouvons dans une spirale infernale, entre espoir de liberté et appréhension. Après chaque voile, la déception nous prend, puisque rien ne change : l’obscurité est toujours là. Rythmé par la puissance vocale et théâtrale du baryton, notre cœur s’emballe avec celui du prisonnier. Mais bientôt, tout comme lui, nous comprenons qu’il n’y aura pas de sortie possible… C’est alors avec une pointe de soulagement que l’on entend les dernières notes se jouer: enfin nous pouvons retrouver la lumière et les couleurs du monde extérieur !

Célia Daultier

 

Le château de Barbe-Bleue

Pour le Château de Barbe-Bleue, le metteur en scène Aurélien Bory reste dans la même thématique que pour le Prisonnier, il utilise un seul dispositif, une seule couleur: le noir.

Le choix d’un décor très sobre et austère accentue l’univers sombre et fascinant du livret de Béla Balazs : le mobile de portes encastrés représentant le château de Barbe Bleue, constitue le seul élément de décor sur scène

L’atmosphère énigmatique de cet opéra est créée dés le levée de rideau avec l’arrivée sur scène du barde (la comédienne Yaëlle Antoine) qui, éclairée par un simple rayon de lumière, use du langage des signes pour nous raconter le début de l’histoire. L’opéra commence dans le silence. La tension dramatique atteint son paroxysme au moment de l’ouverture de la septième porte par Judith. Les trois femmes de Barbe-Bleue, captives, surgissent et déambulent sur scène tels des spectres le regard hagard et vide de sens. Aurélien Bory confirme dans sa mise en scène du Château de Barbe-Bleue son goût pour la maîtrise de la gravité et l’espace physique sur scène.

Les thématiques de l’espoir et de la lumière dans Le Château de Barbe-Bleue sont omniprésentes. Dans l’opéra de Bartok Judith, personnage solaire et pétillant cherche à redonner vie et splendeur à la demeure de son nouvel époux. Elle souhaite ouvrir les portes pour remédier à l’obscurité de ce château. C’est en réalité le mystère de Barbe Bleue qu’elle cherche à démêler. Ce besoin d’ouvrir une à une chacune des portes est une magnifique déclaration d’amour. Par l’ouverture de chacune de ces portes elle cherche à percer le mystère autour de son nouvel époux. Barbe-Bleue quant à lui préfère l’opacité et le silence. Ce couple incarne d’une certaine façon l’histoire de l’échec de l’amour, l’impossible quête de percer le mystère d’autrui.

La mezzo-soprano suisse Tanja Ariane Baumgartner est époustouflante et donne force et sincérité au personnage de Judith. Son partenaire sur scène Balint Szabo incarne un Barbe-Bleue sombre au grave des plus terrifiants. Il dégage toutefois une certaine humanité et sensibilité atténuant la cruauté du personnage original de Charles Perrault.

Ariane Pasquet

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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