Médias et pluralité : concentrer pour mieux réguler…ou pour mieux régner ?

Du livre de Laurent Mauduit « Main basse sur l’information » à la réforme de l’audiovisuel engagée par le gouvernement Tsipras en Grèce en passant par le débat sur l’audiovisuel public en Suisse, les débats sur la concentration des médias ont le vent en poupe ces derniers temps. Souvent présentée comme une menace pour le droit à l’information, la concentration a malgré tout ses défenseurs.

La Grèce réforme son secteur audiovisuel, la Suisse en débat

De l’aveu de tous les observateurs, c’est un sujet épineux et brulant auquel s’attaque le gouvernement de gauche radicale d’Alexis Tsipras. En 2015, entre 140 et 180 chaînes privées cohabitent sur le marché grec, mais seulement une poignée d’entre elles parviennent réellement à exister aux cotés des 4 grandes chaînes publiques. Malgré 16 tentatives de réformes, le secteur fonctionne sans « aucun cadre juridique » selon un diplomate américain. Il est controlé par la « diaploki », nom qui désigne le système de corruption existant entre le milieu politique, les chaînes de télévision et le secteur bancaire. La réponse envisagée par le gouvernement grec pour mettre fin à ce système n’est autre que la concentration. Le gouvernement vient de négocier ces derniers jours la mise en vente exclusive de 4 licences d’émission privées pour l’ensemble du territoire, afin de garantir la viabilité économique de chaque acteur. Derrière la dimension symbolique de cette réforme, la société grecque se déchire sous l’impulsion de l’opposition de droite criant au fascisme. Tous s’accordent pour dire que la démarche du gouvernement Tsipras n’est pas exempte de calcul politique. En perte de vitesse ces derniers mois, celui-ci vient d’obtenir 246 millions d’euros des grands groupes médiatiques grâce à la mise en vente des licences. Déjà une indéniable réussite pour lui.

Chez nos voisins suisses en revanche, c’est le statut de monopole de la société suisse de radiodiffusion et de télévision (SSR) qui est attaqué par la droite et les éditeurs. Ils lui reprochent d’avoir manqué le virage de la numérisation et de profiter de son financement par la redevance pour éviter toute pression financière. Enfin, et c’est le noeud du problème, ses détracteurs souhaitent remettre en cause son périmètre d’action. Pour eux, le secteur public ne doit servir que fournir des services et programmes qui ne peuvent être fournis par le secteur privé. Le gouvernement a répondu en pointant l’indépendance du groupe, gage de bon fonctionnement dans une démocratie directe comme la Suisse.

Le sujet de retour sur la table en France

Laurent Mauduit, co-fondateur de Mediapart, a publié le mois dernier « Main basse sur l’information », un ouvrage à charge qui pointe et dénonce la concentration massive des médias en France. Selon lui, cette concentration aux mains des capitaines d’industries, qui présentent en France la particularité de ne pas être issus du milieu des médias, est un moyen pour eux de façonner l’opinion et de nouer des collusions avec le pouvoir politique. Quelques jours plus tard, le Syndicat National des Journalistes CGT relayé par Acrimed dénonce quant à lui les propos tenus par Nicolas Sarkozy dans son ouvrage Tout pour la France. Il y réclame une plus forte concentration des médias et s’interroge sur l’existence de certaines chaînes et émissions. L’étincelle d’un débat qui enflammera la campagne présidentielle ?

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