Les Abattoirs : les défis d’un service public dédié à l’art moderne et contemporain

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Le lundi 13 novembre nous avons eu l’occasion de visiter le musée des Abattoirs avec l’ensemble de l’OP MACC. Dans un musée fermé au public ce jour-là et en compagnie de différents membres de l’institution, cette rencontre privilégiée nous a permis d’en apprendre davantage sur l’histoire et le fonctionnement d’une telle organisation.

Quand le patrimoine industriel est reconverti en patrimoine culturel

Myriam Pastor, chargée de conférences et des visites guidées, nous a accompagné au sein des espaces d’exposition des Abattoirs pour nous raconter l’histoire de ce lieu unique ainsi que pour nous présenter deux des expositions actuellement proposées.
Alors que les centres-villes se développent de manière à assurer une meilleure circulation ainsi que de satisfaire les préoccupations hygiénistes et sanitaires de l’époque, c’est en 1823 que la ville de Toulouse décide de regrouper les différents abattoirs et boucheries au bord de la Garonne. Le concours de projets d’architecture alors organisé est remporté en 1826 par Urbain Vitry, fortement influencé par l’architecture de fer parisienne. Le chantier se tient de 1828 à 1831 et dévoile un bâtiment rationnel, fonctionnel et respectant les codes esthétiques classiques de l’époque. La charpente métallique souhaitée par Urbain Vitry étant trop onéreuse, l’inauguration se fera à ciel ouvert avant l’installation d’arcs diaphragmes pour supporter une charpente en bois et en briques.
En 1988, l’activité des abattoirs est finalement arrêtée en raison des nouvelles normes européennes. Le 13 mars 1990, le lieu est inscrit au titre des monuments historiques grâce à l’action de la ville de Toulouse qui voulait valoriser ce monument faisant partie intégrante du patrimoine industriel local. Un syndicat mixte est ensuite créé entre la ville et la région Midi-Pyrénées ayant pour vocation de développer sur le site un espace d’art moderne et contemporain. L’objectif est de conserver le bâtiment d’origine, d’accueillir les publics et de stocker plus de 3500 œuvres. Le projet des deux architectes Antoine Stinco et Rémi Papillault est retenu en 1995 et déclenche les travaux de 1997 à 2000, date à laquelle ouvre officiellement le musée et FRAC des Abattoirs.

Les anciens abattoirs de la ville de Toulouse, (Bulletin Municipal, 1937) – Crédits photo: Archives municipales, Toulouse

Medellín, une histoire colombienne et Hessie, Survival Art

Dans le cadre de l’année France-Colombie, les Abattoirs ont établi un partenariat avec le musée d’Antioquia de Medellín qui lui prête plusieurs œuvres d’artistes colombiens contemporains en lien avec l’histoire du pays des dernières décennies. Grâce à des médiums différents, ces artistes dénoncent un conflit historique lié à ce territoire riche en ressources naturelles (pétrole, or, émeraudes, coca, café, charbon). Depuis l’arrivée des conquistadors au XVIème siècle, la spoliation des terres fait partie intégrante de l’histoire du pays. L’exposition souligne cette richesse naturelle ainsi que la violence qui en découle et qui a aboutit au conflit armé colombien entre les FARC, les ELN, les cartels paramilitaires et les forces gouvernementales. Les artistes présentés dénoncent cette horreur sanglante et soulignent l’importance de l’expression et de la mémoire de ces absurdités dans le cadre du processus de paix amorcé ces dernières années.
Puis, nous avons pu visiter brièvement l’exposition consacrée à Hessie et son travail du tissu et de la broderie. En s’inspirant du quotidien ou de la recherche scientifique, cette artiste utilisait plusieurs formats de toile et n’hésitait pas à reprendre une œuvre des années après l’avoir commencé. Le style abstrait de Hessie adapte cette pratique féminine artisanale en un mode d’expression contemporain.

Antonio Caro, Colombia Coca-Cola, 2007, Peinture émaillée sur laiton, dimensions: 104 x 146 x 4.8 cm, Collection Musée d’Antioquia, Medellín, Colombie – Copyright musée d’Antioquia

Antonio Caro, Colombia Coca-Cola, 2007, Peinture émaillée sur laiton, dimensions: 104 x 146 x 4.8 cm, Collection Musée d’Antioquia, Medellín, Colombie – Copyright musée d’Antioquia

Les enjeux actuels des Abattoirs

Ensuite, nous avons rencontré Arnaud Segond, directeur administratif et financier des Abattoirs. Le syndicat mixte des Abattoirs dépend d’un point de vue financier et décisionnaire à hauteur de 60% de la ville de Toulouse et de 40% de la région. L’Etat influence aussi la structure sous forme de conseil car il s’agit d’un musée national. Le budget oscillant entre 4 et 5 millions d’euros par an s’articule autour de trois missions : une mission de diffusion (60% du budget), une mission de médiation/éducation/recherche et une mission patrimoniale d’enrichissement et de conservation de la collection (20% du budget). Le principal défi des Abattoirs est de coordonner son activité régionale autour de ces trois missions, notamment depuis la création de la région Occitanie.
Laurence Darrigrand, responsable du service des publics, nous a également présenté l’activité de son service composé d’historiens de l’art mais aussi d’artistes plasticiens. Le service des publics organise des ateliers pour des visiteurs de tout âge, « de la crèche au quatrième âge », développe les dossiers pédagogiques et les kits de visite libre pour les visites scolaires, réalise les cartels et dépliants des expositions et travaille aussi avec les « non publics » tels que les personnes handicapées ou les détenus. L’enjeu du service est d’aller chercher les publics, les accueillir et les guider, et enfin de n’exclure personne par des explications trop obscures ou intellectualisées.
Notre visite s’est terminée par l’intervention de Thierry Talard, directeur de la communication du musée qui est appréhendée ici comme dans le secteur privé avec le développement des relations publiques, de la publicité et du web (site internet, référencement et réseaux sociaux). La démarche marketing est assumée malgré les contraintes budgétaires et l’absence de produit à vendre : « la culture, c’est avant tout de l’affect ». Pour développer les ressources propres du musée qui demeurent limitées, la billetterie ne représentant que 4%, son service est aussi responsable des locations d’espaces (2%) et du mécénat (4%). La santé des entreprises, la localisation excentrée de Toulouse et la frilosité de certaines entreprises vis-à-vis de l’art contemporain ne permettent pas aux Abattoirs de développer encore pleinement son activité de mécénat. Toutefois, le mécénat serait une nécessité pour les Abattoirs car les recettes de billetterie stagnent mais les coûts augmentent, avec un bâtiment et une masse salariale vieillissants.

SOURCES :

Site internet des Abattoirs

Wikipédia

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