#Instagram ou le #bouleversement du marché de l’art

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Née en 2010, l’application Instagram fait aujourd’hui partie de notre quotidien. « Globetrotters », « foodies », « make-up artists », « influenceurs » et autres « sport addicts » se partagent le feed de cette plateforme qui compte aujourd’hui 1 milliard d’utilisateurs dans le monde. Ils rivalisent de hashtag plus originaux ou attractifs les uns que les autres, afin de rendre leur contenu viral. En seulement 8 ans, l’application s’est donc imposée dans nos téléphones comme sur les marchés ; se transformant en une véritable boutique en ligne. Le marché de l’art n’est clairement pas en reste face à cette tendance, notamment l’art pictural.

Quelques minutes, c’est le temps qu’il a fallu à Agathe Sorlet pour vendre sa dernière série d’impressions en édition limitée. Lancée sur Instagram, la vente a eu le succès escompté. La jeune illustratrice basée à Paris ne pouvait s’attendre à un tel engouement lorsqu’elle a ouvert son compte Instagram en 2016. Elle est formelle :

« Il n’y a pas de secret, si tu ne montres pas ce que tu fais, il ne se passera rien pour toi ».

Pour Agathe Sorlet, tout est allé très vite. Dès le départ, elle s’impose une discipline stricte et décide de poster un dessin par jour sur sa page. Au bout de 4 mois, elle signe avec un agent.

Insta Agathe Sorlet

Cette success story est loin d’être un cas isolé. De nombreux jeunes artistes utilisent ce média comme rampe de lancement pour leur carrière. Il faut dire que Instagram multiplie les avantages : proximité avec le public, source d’inspiration inépuisable, possibilité de vendre en direct en évitant les intermédiaires et mise en relation avec tout un réseau d’artistes ou professionnels du marché de l’art. En effet, ces artistes n’ont pas accès aux galeries d’art ou aux circuits institutionnels de prime abord. Instagram se trouve donc être la vitrine idéale pour mettre en avant leur travail. Ils peuvent ainsi gagner en notoriété, être repérés par les galeries et devenirs exposants.

Ces galeries ne sont d’ailleurs pas en reste lorsqu’il s’agit de digitalisation. Selon Alexia Guggémos, dirigeante de l’Observatoire du web social dans l’art contemporain, « les acteurs du marché ont atteint une maturité dans l’usage des réseaux sociaux » et ils utilisent les outils comme Instagram à des fins commerciales et prospectives. Ils cherchent les génies de l’art de demain tout en tirant partie d’un commerce juteux. Près de 50% des acheteurs disent utiliser l’application Instagram tous les jours et 70% chez les moins de 35 ans.

Aussi, le marché de l’art pictural a dû s’adapter à ces nouvelles techniques de ventes. De nouvelles plateforme ont émergé : des sites comme Artsy prodiguent des conseils aux artistes débutants, notamment en expliquant comment utiliser les réseaux de façon professionnelle et commerciale. Wydr est devenu le Tinder de la vente d’œuvres d’art, en permettant aux acheteurs particuliers de « matcher » les toiles sans passer par le biais des professionnels de la vente d’art (commissaires-priseurs, galeries, etc.). Happening Technologies est, quant à elle, une plateforme permettant aux particuliers et aux professionnels de donner une valeur objectives aux œuvres d’art et de s’y retrouver un peu mieux sur ce marché. Et enfin, les galeries ont développé des techniques pour rendre leurs œuvres plus visibles dans cet océan de posts. Avec par exemple, le hashtag #artselfies qui consiste à inciter une célébrité (ou quiconque ayant un peu de notoriété) à prendre un selfie devant les tableaux. Cette technique booste le capital désirabilité d’une œuvre.

Ainsi, grâce à Instagram, les artistes vendent leurs toiles et les galeries développent leur réseau d’acheteurs. Donc tout le monde est ravi ?

Dans les faits, la réponse est mitigée. En effet, fondée sur des algorithmes complexes mais imparfaits, l’application à tendance à favoriser un certain type d’art. Les œuvres doivent rentrer dans un moule, celui de « l’instagrammable ». Aussi, les illustrations colorées, aux traits simples et épurés, seraient bien plus visibles que des œuvres sombres et fournies en détails. De même, les visages ont 38% de chances de plus d’obtenir des likes que les représentations abstraites ou les paysages. On assisterait donc à un certain lissage des œuvres picturales.

L’autre grand souci d’Instagram réside dans sa politique de nudité extrêmement stricte. « Couvrez ce sein que je ne saurais voir », tel pourrait être la formule décrivant ce réseau social. La censure est effectivement très large et semble frapper à l’aveugle. Et les œuvres d’art en pâtissent : certaines représentations classiques ont été bannies de la plateforme car montrant la poitrine de femmes.

Enfin, certaines mauvaises langues voient dans la diffusion de l’art à grande échelle sur Instagram, une banalisation ou vulgarisation des artistes et de leurs travaux. Selon eux, l’art deviendrait un bien de grande consommation, un objet de désir comme il y en a tant sur la plateforme. Perdant ainsi toute singularité et envergure politique.

Dans ce contexte, ces nouveaux artistes « instagrammables » s’inscriront-il dans la postérité ? Ou leurs œuvres seront-elles jetables et éphémères ? Quoiqu’il en soit, plus qu’une banalisation de l’art, il serait mieux d’y voir une démocratisation et une mise à disposition au plus grand nombre.

 

Sources :

https://www.lemonde.fr/economie/article/2018/06/25/les-jeunes-artistes-se-revelent-sur-instagram_5320598_3234.html

https://www.20minutes.fr/culture/1946947-20161021-monde-art-contemporain-enfin-compris-comment-marchait-instagram

https://www.businessinsider.fr/voici-pourquoi-instagram-biais-pour-artistes-dit-startup-happening-technologies

http://magazineantidote.com/art/instagram-est-il-la-galerie-dart-de-demain/

https://www.youtube.com/watch?v=u5r2kxb_FiQ

https://www.sergeantpaper.com/fr/artistes/agathe-sorlet#

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